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La guerre d’Hadopi

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squad

Annie Abrahams, Colette Tron et Emmanuelle Delafraye.
Performance
dans le cadre de Pourquoi la création ne soutient pas la loi Hadopi conférence/débat pendant le festival RIAM 06, 17 février  à 18h30 à la Boate à Marseille.

Texte de internetmonamour pour le livre collectif  « La guerre d’Hadopi »  :

« Les artistes se souviendront que nous avons eu le courage de rompre enfin avec le laisser-faire et de protéger leurs droits face à ceux qui veulent faire du Net le terrain de leur utopie libertarienne. » La phrase tout en nuances est signée Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture du président Sarkozy, à l’issue de l’adoption par l’Assemblée (pour le moins dans la douleur) du projet de loi Hadopi, le 15 septembre 2009. Comme Christine Albanel avant lui, comme beaucoup des défenseurs de la loi réprimant le téléchargement au nom de la culture, Frédéric Mitterrand a usé de l’argument imparable croyait-il, d’une défense des artistes et du droit d’auteur. Il se trouve que les artistes n’ont pas tous voté les pétitions que leurs producteurs leur faisaient signer. Il s’en est même trouvé un certain nombre, et pas des plus obscurs, pour signer la pétition au titre explicite « Téléchargez-moi », parue le 8 septembre 2008 à la veille de l’examen du premier projet de loi Hadopi par l’Assemblée. Initialement portée par le collectif Internet mon amour (jusque-là plutôt occupé à organiser des conférences au centre Pompidou qu’à exercer son lobbying auprès des députés), elle affichait 86 premiers signataires, tous auteurs, artistes, architectes, musiciens ou compositeurs, tous d’accord pour préférer de loin le partage et la distribution gratuite de leurs créations sur les réseaux à la tentative de monter les internautes contre eux pour maintenir dans leurs prérogatives obsolètes les intermédiaires des industries culturelles (1). Des artistes contemporains comme Claude Closky ou Paul-Armand Gette, des écrivains qui renouvellent le genre comme Chloé Delaume ou Christophe Fiat, des collectifs qui revendiquent la création partagée (Mu, Locus Sonus), des designers ayant pignon sur rue (Etienne Mineur), des metteurs en scène de théâtre qu’on a vus à Avignon (Philippe Quesne), des figures du street-art comme Invader ou M. Chat et bien sûr des net-artistes reconnus (Agnès de Cayeux, Valéry Grancher…) venaient dire exactement le contraire de ce que soutient M. Mitterrand et consorts. Bref, ladite liste n’avait rien à envier à celle des cinéastes et musiciens criant au voleur téléchargeur parue précédemment dans « le Monde » ou « le Journal du dimanche ».

Au contraire, ces 86 artistes, auteurs et créateurs, bientôt rejoints par près de 700 internautes des milieux culturels, affirmaient qu’Hadopi « est contraire à nos pratiques, tout comme il est extrêmement méprisant des usages et totalement ignorant d’un monde simplement contemporain », que « l’œuvre est regardée, écoutée, partagée, comme jamais auparavant » et que de ce fait, « créateurs et regardeurs ne peuvent être filtrés par une loi obsolète et crétine. » Aucune réponse gouvernementale, sauf le mépris. Dans les discours officiels, les auteurs et les artistes sont toujours présentés comme partisans d’Hadopi, contre le téléchargement, pour la protection de leurs droits.

Malgré la lecture de la pétition à l’Assemblée par des députés de l’opposition, pas une fois les auteurs de cette pétition n’ont été contactés par leurs représentants au pouvoir. Face à cet ostensible mépris, le collectif Internet mon amour a organisé des tables rondes, à Marseille comme à Strasbourg ou Paris, au cours de manifestations culturelles grand public, pour tenter de faire pièce à la propagande gouvernementale. Jusqu’à l’absurde : le 1er avril 2009, sous les fenêtres de la ministre Christine Albanel, Internet mon amour appelle à une « flashmob à l’artichaut ». Sept minutes (le temps d’un speed-dating) à brandir l’artichaut en suivant le principe de la flashmob, qui réunit via l’Internet une foule pour un geste un peu absurde. L’artichaut brandi puis déposé en gerbe devant les grilles de la rue de Valois n’avait d’autre valeur que symbolique : pour paraphraser Coluche, l’artichaut est le seul plat, qui, « quand tu as fini de le manger, t’en as plus dans ton assiette que quand tu as commencé ! » Manière de montrer par l’ironie que les échanges de fichiers numériques ne sont pas du vol mais participent d’une vraie culture contributive. Et plus prosaïquement aussi, parce que les artistes en question se sentent « autant entendu qu’un artichaut ». Aucune réaction du ministère, si ce n’est l’envoi de membres du cabinet de la ministre munis de vinaigrette (trop drôle)… Pas plus qu’il n’y en eut à la lettre ouverte au nouveau ministre de la Culture qu’Agnès de Cayeux, signataire de la pétition et membre du collectif Internet mon amour, lui adressait cet été, après sa première diatribe pro-Hadopi à l’Assemblée (3). Après quoi, le même ministre se félicite de son « courage » pour défendre les artistes…

(1)  La pétition est parue en ligne sur le site poptronics, membre d’Internet mon amour, le 8/09/08 et dans Libération le 10/09/08.

(2)  Au festival de l’Ososphère en septembre 2008, au rencontres du Riam à Marseille (Rencontres internationales des arts multimédia) en février 2009, à Paris dans le cadre de Futur en Seine, en mai 2009.

(3)  A lire sur poptronics : http://www.poptronics.fr/Cher-Frederic-M-a-propos-d-Hadopi

Annick Rivoire

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Written by internetmonamour

octobre 12, 2009 at 9:15

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